Back to Basics : Père Castor, dis-moi ce qu’est une stratégie de backup
Sommaire
« Père Castor, raconte-nous une histoire ! »
« D’accord, les enfants. Je vais vous parler d’un petit fichier... et d’une grande négligence. »
Le petit fichier perdu
Il était une fois un fichier tout mignon, bien au chaud sur un disque dur.
Il vivait paisiblement, entre une feuille de calcul et une photo de vacances.
Mais un jour… le sort frappa.
Un café renversé.
Un bug sournois.
Un ransomware mal luné.
Et là… plus rien.
Un vide. Un soupir. Un “fichier XLS introuvable”. Et voici la comptabilité de l’année perdue dans le néant!
Mais s’il avait été sauvegardé… il serait encore parmi nous.
Et c’est là que commence notre histoire.
Le Tao du Backup
Père Castor baissa la voix, comme pour confier un secret.
— Maintenant, mes petits, je vais vous raconter les huit voies de la sagesse sauvegardée, que l’on nomme le Tao du Backup. Ce n’est pas un manuel, ni une procédure technique. C’est un chemin. Un art de vivre. Un état d’esprit.
Il tourna quelques pages dans un vieux grimoire et commença :
Un novice voulait connaître le Tao de la Sauvegarde. Le maître lui dit : « Pour connaître l’illumination, tu dois maîtriser les huit chemins de la sauvegarde. Celui qui maîtrise la voie conservera ses données pour toujours. Celui qui l’ignore les perdra. »
Ainsi commença la leçon
Étendue
Sauvegarde ce que tu ne veux pas perdre. Même ce que tu crois pouvoir refaire.
Un jour, le novice demanda :
— Maître, dois-je vraiment tout sauvegarder ? Même les trucs pas importants ?
Le maître sourit.
— Est-ce que la fourmi laisse une miette derrière elle ? Même le plus petit fichier peut devenir précieux un jour.
Alors le novice décida de ne garder que ses documents. Pas le système, ni les logiciels.
Le lendemain, son disque s'effondra.
Et trois jours plus tard, il installait encore ses pilotes un par un.
Fréquence
Sauvegarde souvent. Aussi souvent que tu crées.
Le novice vint trouver le maître et dit :
— Maître, j’ai fait une sauvegarde… le mois dernier. Je suis protégé, non ?
Le maître répondit doucement :
— Dis-moi, travailles-tu chaque jour ?
— Oui, bien sûr, maître.
— Alors pourquoi la sauvegarde ne suit-elle pas le rythme du travail ? Le blé qu’on ne moissonne pas finit mangé par les oiseaux.
Mais le novice était pressé, comme souvent.
Il reporta sa sauvegarde au lendemain… puis au surlendemain.
Et le jour d’après, il écrasa sans faire exprès son dossier “rapport final”.
Séparation
Ne mets pas toutes tes copies dans le même panier.
— Maître, j’ai sauvegardé tous mes fichiers. Je suis sauvé, non ?
— Où les as-tu mis ?
— Sur mon disque externe… juste à côté de l’ordinateur.
Le maître soupira.
— Le coucou pond-il tous ses œufs dans le même nid ? Le pissenlit laisse-t-il toutes ses graines au pied de la tige ?
Cette nuit-là, le bâtiment brûla. Et avec lui, l’ordinateur et le disque de sauvegarde.
Mais le maître avait envoyé une copie… à son frère en Chine.
Par fret maritime. Elle arriverait dans six semaines.
Historique
Garde des traces du passé. Le dernier point de sauvegarde n’est pas toujours le meilleur.
- Maître, puis-je réutiliser cette vieille cartouche de sauvegarde ? Elle a six mois.
- Tu peux. Mais parfois, ce que tu crois juste… l’est un peu moins chaque jour.
Le novice hocha la tête, sans comprendre.
Quelques jours plus tard, l’écureuil vint le voir, affolé.
- Le calcul des intérêts des noisettes prêtées est faux depuis deux lunes ! On a appliqué un mauvais taux !
Et maintenant… impossible de savoir qui doit quoi à qui !
Le novice chercha dans ses sauvegardes.
Mais n’avait gardé que les plus récentes : toutes reflétaient l’erreur.
Il n’avait aucune version propre à laquelle revenir.
Aucune preuve de l’état initial.
Aucune base fiable pour corriger.
Le maître dit calmement :
- L’oubli du passé condamne les comptes à l’erreur.
Ce qui est ancien n’est pas inutile.
Ce qui est juste n’est pas toujours récent.
Morale : Garde un historique de tes sauvegardes. Pas pour revenir en arrière… mais pour pouvoir avancer avec justesse.
Vérification
Une sauvegarde non testée n’est qu’une hypothèse.
Le novice triompha :
— Maître, j’ai tout sauvegardé. Fréquemment, hors site, avec historique.
— Très bien, dit le maître.
Puis il brisa le disque dur du serveur de production avec une hache.
Le novice pâlit.
— Vite, restaure ! dit le maître.
Le novice tenta… et découvrit que sa sauvegarde était vide. Le script de sauvegarde était pendu depuis plusieurs semaines.
Morale : fais des tests de restauration. Croire ne suffit pas.
Sécurité
Tes sauvegardes sont précieuses. Protège-les.
— Regarde maître ! Notre réseau est ultra sécurisé !
Pare-feu, mots de passe solides, chiffrement des emails !
Le maître ne répondit pas.
Puis, en se penchant, il ramassa une cartouche de sauvegarde posée à côté de la réserve de glands, sans étiquette ni cadenas.
Il la glissa dans sa poche, sans que personne ne le remarque.
Plus tard, il l’expédia au novice, avec une note :
Tu as protégé les portes numériques, mais laissé ta clé sous le paillasson.
Chiffrement
Une sauvegarde lointaine doit être protégée du regard des autres.
- Maître, j’ai suivi ton conseil : j’envoie des sauvegardes dans le cloud !
- As-tu chiffré ces sauvegardes ?
- Euh…
Quelques jours plus tard, une fuite de données secoua la société du novice.
Morale : toute sauvegarde envoyée vers un tiers doit être chiffrée. Même si tu fais confiance.
Intégrité
Une copie corrompue n’est pas une sauvegarde.
- Maître, mes fichiers sont sauvegardés. Je les ai chiffrés, archivés, vérifiés.
- Mais as-tu vérifié s’ils sont intacts ?
- Ils le sont… je crois…
Six mois plus tard, un pirate silencieux avait corrompu ses fichiers, petit à petit.
Et ses sauvegardes avaient toutes suivi.
Morale : contrôle l’intégrité des données dans le temps. Ce qui semble là peut être rongé de l’intérieur.
Père Castor referma le parchemin, puis ajouta :
— Mais ces principes, mes petits, sont comme les fondations d’une maison. Il faut encore savoir comment la bâtir. Et pour ça, il y a une règle très simple…
Petit NAS, Grand Cloud et la règle du 3-2-1-0
— Laissez-moi vous présenter quelques amis, dit Père Castor.
Il montra une petite boîte qui clignotait doucement.
— Voici Petit NAS, toujours à la maison, rapide mais fragile.
Puis il désigna une silhouette vaporeuse au-dessus des arbres.
— Et voilà Grand Cloud, loin de tout danger physique.
Enfin, il montra une clé USB poussiéreuse posée dans un tiroir.
— Et Tonton USB, le plus prudent, car il ne reste jamais branché.
Ils se saluèrent et récitèrent ensemble :
- 3 copies des données
- 2 supports différents
- 1 copie hors site
- 0 erreur non détectée lors des tests
— Et n’oubliez pas le petit Zéro, dit Père Castor avec un clin d’œil, celui qui fait des tests de restauration même quand il pleut.
— Mais Père Castor, comment savoir si on a fait tout ça correctement ? demanda un petit fichier curieux.
— Excellente question, répondit le vieux Castor. Il est temps que vous vous posiez les bonnes questions…
Petit exercice castor
Père Castor sortit un carnet et distribua des plumes.
« Chaque Castor doit connaître sa forêt. À toi maintenant de réfléchir. »
— Maintenant, à toi de jouer. Car connaître les principes, c’est bien. Les appliquer, c’est mieux.
Réponds à ces questions :
-
Quelles sont tes données critiques ?
-
Où sont-elles stockées aujourd’hui ?
-
As-tu une copie ailleurs ?
-
À quelle fréquence les sauvegardes sont-elles faites ?
-
Combien de versions conserves-tu ?
-
Peux-tu restaurer rapidement tes données et à quel prix?
-
Tes sauvegardes sont-elles sécurisées, chiffrées, hors réseau ?
-
As-tu testé une restauration ce mois-ci ?
Et maintenant...
Si ta stratégie de sauvegarde était un animal, serais-tu :
Archiback le Sage — toujours prêt, toujours calme ?
ou
Backupzilla le Négligent — qui hurle quand il est trop tard ??

— C’est en répondant à cela que tu deviendras un véritable Castor de la sauvegarde, dit-il avec fierté.
Un des petits castors leva la main.
— Et si tout s’écroulait malgré tout ? Est-ce qu’on peut vraiment être prêt ?
Père Castor sourit.
— Je vais vous raconter l’histoire de celui qui, lui, était prêt.
La restauration miraculeuse
Il était une fois, dans la vallée numérique, un vieux Castor nommé Archiback.
Archiback avait passé sa vie à sauvegarder tout ce qu’il aimait : des fichiers, des souvenirs, même le code source de ses jeux préférés. Ses voisins se moquaient gentiment de lui.
“Tu perds ton temps, vieux Castor. Nous, nos disques marchent bien !”
Mais un jour, une tempête de pixels s’abattit sur la vallée : orage de surtension, inondation de corruption, invasion de ransomwares.
Tout disparut.
Tout ? Non.
Un seul Castor resta debout.
Archiback, souriant, restaura ses données. Une par une. En sifflotant.
Et dans le silence après la tempête, tous les castors se mirent à murmurer…
“Dis, Archiback… tu peux nous apprendre ?”
Fin
Père Castor rangea ses parchemins et tapota doucement sa clé USB.
— Voilà, mes petits. Vous connaissez maintenant les voies du Tao du Backup. Si vous les suivez avec sagesse, patience et un peu de méthode… plus jamais vous ne pleurerez un fichier disparu.
Il se leva, ajusta ses lunettes, et ajouta dans un sourire :
— Mais souvenez-vous… l’art de la sauvegarde n’est qu’une facette parmi d’autres.
Et ça, mes petits castors… c’est une autre histoire.
Résumé et Conclusion
Ainsi se termine l’histoire du Tao du Backup. Rappelons les huit voies de la sagesse sauvegardée :
-
Étendue : Sauvegarder tout ce qui est important.
-
Fréquence : Sauvegarder régulièrement, au rythme de la création.
-
Séparation : Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
-
Historique : Conserver différentes versions des sauvegardes.
-
Vérification : Tester les sauvegardes pour s’assurer qu’elles fonctionnent.
-
Sécurité : Protéger physiquement et logiquement les sauvegardes.
-
Chiffrement : Protéger la confidentialité des sauvegardes.
-
Intégrité : Vérifier régulièrement l’intégrité des données.
Et n’oubliez pas la règle du 3-2-1-0 : 3 copies, sur 2 supports différents, dont 1 hors site, et 0 erreur lors des tests.
Maintenant, prenez quelques minutes pour évaluer votre propre stratégie de sauvegarde. Répondez aux questions du Petit Exercice Castor et décidez si vous êtes plutôt Archiback le Sage ou Backupzilla le Négligent. N'attendez pas qu'il soit trop tard !

